Article I 30-3 «La banque centrale européenne est une institution. Elle a la personnalité juridique (...). Elle est indépendante dans l'exercice de ses pouvoirs et dans la gestion de ses finances. Les institutions, organes et organismes de l'Union respectent cette indépendance."
Cas unique au monde, l'indépendance totale de la BCE est gravée dans le marbre de la Constitution ! Dans les autres pays, il y a certes souvent indépéndance formelle des banques centrales mais des liens très étroits avec le pouvoir politique existent afin de définir une politique économique cohérente, sur ses deux piliers : budgétaire et monétaire (cf la Fed). Ici, l'article 30 empêche cette collaboration de bon sens pour des raisons dogmatiquement libérales. Voilà qui ne permettra pas à la croissance européenne de retrouver un nouveau souffle !

INFO - GUY BRAIBANT, le juriste qui a rédigé en 2000 la fameuse "charte des droits fondamentaux" (partie II de la Constitution) se dit aujourd'hui plus que réservé sur le texte final du fait de l'incorporation de la partie III qui fixe des politiques libérales.
Dire OUI le 29 mai, cest graver dans le marbre une philosophie dogmatiquement libérale et libre échangiste qui n'est plus adaptée à l'Union à 27 du XXIème siècle.
Sur le plan intérieur dabord, la Constitution ne prévoit absolument rien pour lutter contre les délocalisations. Pire, elle les encourage dans son article III 137 « Dans le cadre de la présente sous-section, les restrictions à la liberté détablissement des ressortissants dun Etat membre sur le territoire dun autre Etat membre sont interdites. Cette interdiction sétend également aux restrictions à la création dagences, de succursales ou de filiales, par les ressortissants dun Etat membre établis sur le territoire dun Etat membre »
Cette absence de garde-fou, compréhensible dans le cadre dune Europe à 6 ou 15, homogène dun point de vue économique et social, ne lest plus du tout dans une Union à 25 puis 27. Les écarts de développement économique y sont en effet immenses et les niveaux de protection sociale bien trop différents !
Les délocalisations sont une menace sévère, lactualité nous le montre malheureusement trop souvent. Des rapports tout récents nous éclairent sur le phénomène : lEurope de lEst représente bien un espace attractif pour les industriels français soucieux de délocaliser leur production.
Il serait donc temps de prendre des mesures au lieu de renoncer comme le prévoit la Constitution pour les 30 ou 40 prochaines années.
Dautre part, sur le plan extérieur, la Constitution consacre la philosophie du libre-échange intégral à laquelle la Commission européenne se rallie systématiquement sans mot dire à chaque négociation de lOMC. Larticle III 314 est en effet très clair : « L'Union contribue, dans l'intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu'à la réduction des barrières douanières et autres."
Laffaire du textile chinois est lune des funestes conséquences de ce dogmatisme. Il y a dix ans, le commissaire chargé de représenter les pays de lUnion à lOMC a signé louverture totale des frontières au textile chinois en 2005. Entre temps, rien na été anticipé, malgré les avertissements des industriels, syndicats et professionnels du secteur. Résultat, la filière textile française perd chaque mois 2000 emplois ! Et lEurope ne fait rien, se contentant douvrir une enquête afin dévaluer ce qui sera peut-être envisagé dans 6 mois
Cette histoire nest pas le fruit du hasard. Dautres secteurs sont déjà menacés. Tout simplement parce que par dogmatisme, lUE est devenue lUnion douanière la plus ouverte du monde quand dautres puissances comme les Etats-Unis savent sarmer face aux industries émergentes !
Nous ne pouvons accepter de voir le libre-échange intégral consacré pour 30 ans dans la Constitution, sans quaucune barrière ne soit prévue.
LEurope doit se montrer beaucoup plus ambitieuse, et non résignée comme elle lest aujourdhui. Des actions rapides doivent pouvoir exister, et non être rendues impossibles comme le prévoit la Constitution.
Nous ne nous résignons pas à voir des pans entiers de lindustrie européenne disparaître, nous ne nous résignons pas à ce que lEurope soit toujours la zone la moins dynamique du monde avec si peu de croissance et 10% de chômage !
Notre NON le 29 mai est un NON de raison, un NON contre le dogmatisme dévastateur, un NON pour insuffler une nouvelle dynamique à lEurope !
Cette fois cest NON