L'Europe dans la tourmente a besoin de notre NON !
Le NON est repassé nettement en tête dans les sondages, il faut donc nous attendre à un renforcement de la propagande médiatique pour le OUI...
C'est maintenant qu'il faut faire pression sur les médias pour leur rappeler leur devoir de déontologie et de respect du débat démocratique. Pour ce faire, un seul clic ICI suffit !
SONDAGE - le NON progresse encore aux Pays-Bas, à moins de 3 semaines du référendum néerlandais. Il s'établit désormais à 55% contre 53% la semaine dernière.

Un excellent article paru dans le Monde diplomatique de mai 2005
La ratification du traité établissant une Constitution pour
l'Europe (TCE), signé le 29 octobre 2004, a
commencé. Dix pays sur vingt-cinq ont choisi
le référendum, les autres le vote parlementaire. Cependant,
c'est la consultation des Français le 29 mai 2005 qui
retient l'attention : une réponse négative déciderait
certainement du sort du traité dans la mesure où la France
est l'un des six pays fondateurs de la Communauté économique
européenne (CEE) et où elle joue un rôle important de la
scène internationale.
L'éventuel échec du traité ne doit pas effrayer.
L'apocalypse dont les partisans du texte menacent l'Europe
ne se produira pas plus que lors de la non-ratification de
la Communauté européenne de défense (CED) en 1954 ou de la
démission de la Commission en 1999. Le choix des Français,
comme des autres Européens, doit porter sur le fond du
traité constitutionnel et l'orientation qu'il imprime à la
construction européenne. L'échec du TCE obligerait enfin les
Vingt-Cinq à discuter du contenu du projet européen, plutôt
que de brandir menaces et anathèmes dès que des critiques
sont formulées. Car, de blanc seing en blanc seing, l'Union
s'enlise.
En effet, l'Union européenne est une organisation adulte
mais très immature : elle est incapable de discuter en
profondeur de son avenir (quel projet commun pour une
organisation de plus en plus en plus composite ?) et préfère
se perdre dans les méandres du meccano institutionnel
(combien de voix pour chaque pays au Conseil des ministres)
ou dans les fuites en avant (élargissement massif à 10
nouveaux pays en mai 2004 alors que les institutions n'ont
pas été réformées en profondeur).
Qu'on ne s'étonne pas alors que des citoyens des pays
membres « décrochent » ! D'où les référendums négatifs au
Danemark sur le traité de Maastricht (1992) ou en Irlande
sur le traité de Nice (2001). Ces votes sonnent comme un
avertissement et un appel jamais entendus. « Il faut
rapprocher la construction européenne de ses habitants »,
s'inquiétait le Sommet européen de Laeken en décembre 2001.
Mais, pour cela, ne faudrait-il pas que l'Union s'attache à
élaborer une vision, sinon commune du moins socialisable,
des grands enjeux de la planète ? Ne faudrait-il pas qu'elle
définisse un projet de civilisation clairement identifiable
qui la distinguerait de la gangue informe de la
mondialisation libérale et guerrière ? Un projet qui, en
outre, justifierait tous les sacrifices de souveraineté
auxquels les Européens ont consenti, bon gré mal gré, depuis
cinquante ans ? Or, sans cesse, ces débats sont repoussés et
le TCE, quasi impossible à réviser car il faudra l'unanimité
des Vingt-Cinq, tend à verrouiller l'évolution de la
construction européenne et toute discussion sur elle.
Présenté par ses rédacteurs comme la réponse à tous les maux
(opacité, division, absence de démocratie...), le traité
constitutionnel pose davantage de problèmes qu'il n'en
résout. De manière très significative, lors de son
élaboration, le débat a porté sur la pondération des voix au
Conseil des ministres (lancée par l'Espagne et la Pologne
dont il diminuait le poids institutionnel) alors que la
caractéristique majeure du texte est ailleurs et bien plus
préoccupante : la constitutionnalisation du libéralisme
économique dans sa partie III.
A rebours des traditions constitutionnelles européennes, la
loi fondamentale proposée mélange allègrement le fond et la
forme : chaque « avancée » ou réforme institutionnelle
correspond à un nouveau verrou économique. Le fédéralisme
technico-monétariste se voit fossilisé, tandis que les
politiques sociales et budgétaires demeuraient phagocytées !
Les principes fondamentaux de la construction européenne,
énoncés dans le préambule du texte, font de la concurrence,
du libre-échange et des règles monétaristes, les valeurs
cardinales en vertu desquelles seront organisées et évaluées
toutes les politiques et toutes les décisions. Cette
évolution majeure n'a pas fait l'objet de discussion
véritable, comme si, au fond, elle était considérée comme
acquise, inévitable. C'est ce débat que la montée du « non »
qui semble s'amorcer commence à ouvrir et que sa victoire
obligerait à tenir enfin.
En effet, la désaffection de la grande majorité des citoyens
pour l'Union européenne traduit d'abord son incapacité à
répondre à ce qui taraude et écartèle toutes les sociétés
occidentales : le chômage, la paix, la sécurité sociale. Au
lieu de s'atteler à répondre à ces questions, l'Europe se
coule docilement dans le moule de la mondialisation libérale
et peine à affirmer une différence politique face à un
empire américain devenu dominateur, comme l'a montré
l'invasion de l'Irak menée en violation du droit
international et des règles classiques du droit de la guerre
.
Un terrible manque d'imagination semble paralyser les
dirigeants européens. Sur le fond des politiques, ils
suivent le mouvement dominant, économiciste, privatiseur,
tout en prononçant ici ou là de larmoyants discours sur le
« modèle social européen », d'autant plus invoqué qu'il
n'est jamais défendu. En ce qui concerne les institutions,
ils bricolent au petit bonheur (une dose de majorité
qualifiée par ci, un peu de co-décision pour le Parlement
par là, une responsabilisation de la Commission mais pas du
Conseil...) sans chercher à inventer un modèle propre à
l'Union européenne comme avaient commencé à le faire les
Pères fondateurs (Jean Monnet notamment).
Cependant des frémissements sont perceptibles depuis la
crise irakienne du printemps 2003. « Mieux vaut une Europe
divisée qu'une Europe dominée », estime ainsi le politologue
Pascal Boniface. Au moins, les divergences ont-elles fait
apparaître une Europe différente derrière les diplomaties
allemande, française et belge tandis que la maladie du
suivisme et l'illusion de la « relation spéciale »
affectaient une nouvelle fois le Royaume-Uni. Par exemple,
la Commission européenne hésite de moins en moins à attaquer
les Etats Unis devant l'Organe de règlement des différends
de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Même si, dans
le même temps, sa soumission au libre commerce le moins
imaginatif prive l'Union d'une véritable protection de sa
culture et de ses productions agricoles . Enfin, le refus
des gouvernements d'appliquer de manière mécanique le pacte
de stabilité budgétaire et de croissance à la France et à
l'Allemagne (novembre 2003) manifeste une tentative de
reprise en main du politique face à une orthodoxie
économique qui étouffe la lutte contre le chômage et la
pauvreté et ligote les puissances publiques européennes. Les
deux pays violaient des règles qu'ils avaient eux-mêmes
instaurées il y a bientôt dix ans, mais ces règles
n'étaient-elles pas des règles du passé, érigées lors de la
période la plus intégriste du libéralisme mondialisé ?
C'est-à-dire avant l'échec de Doha, de Cancun, avant les
contre-sommets altermondialistes ? Mais le relatif
assouplissement du pacte de stabilité, décidé par le Conseil
de européen de Bruxelles, le 22 mars 2005, ne joue qu'à la
marge et ne remet pas en cause la logique étouffante du
pacte que le TCE confirme.
Le traité constitutionnel n'empêche-t-il pas de concrétiser
des évolutions positives en enfermant l'Union européenne
dans ses travers fondateurs : la domination des questions
économiques (dans leur version libérale et monétariste) sur
les questions sociales, le manque de démocratie et l'absence
de projet politique mobilisateur ?
La construction européenne a besoin d'un souffle nouveau.
Bien installée dans le paysage continental, elle doit
retrouver une légitimité populaire et inventer un projet
politique qui lui soit propre.
Anne-Cécile Robert